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1933
Hélène Guertik, album Fée

Hélène Guertik, album Fée, 1933.

15.05.2020

« L’album Fée » est paru aux éditions du Père Castor en 1933. Les illustrations, qui me semblent finalement assez modernes, ont été réalisées par Hélène Guertik. Il y a malheureusement assez peu d’informations disponibles à propos de l’illustratrice (sur internet, en tout cas) mais voici ce qu’on peut lire sur le site fairyroom.ru (en russe, traduit grâce à google traduction) : Hélène Guertik est une artiste russe, née en 1897. Elle émigre en France après la révolution de 1917 et y passera le reste de sa vie. A partir de 1932, elle collabore avec Paul Fausher, fondateur de la collection « Père Castor » pour les éditions Flammarion, tout en rejetant d’autres offres. Elle crée des livres à colorier et illustre des livres pour enfants. Elle décède à Paris à l’âge de 40 ans.

La collection « Père Castor », dont fait partie l’Album Fée, a donc été fondée par Paul Fausher, en 1931. Son intention était de rompre avec la tradition de « l’album artistique cartonné », considéré à l’époque comme un cadeau luxueux et donc inaccessible pour un grand nombre d’enfants. Paul Fausher désacralise l’objet livre : la couverture devient souple et les pages sont agrafées. Cela rend les livres de sa collection accessibles à tous les enfants, si bien que Paul Fausher sera finalement soutenu par l’institution scolaire. Pour illustrer les livres de sa collection, Fausher fait appel à de grands illustrateurs, qui se situent principalement dans la mouvance des avant-gardes russes, dont Hélène Guertik. (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Père_Castor)

Comme je l’ai mentionné plus haut, ce qui a a attiré mon attention en premier dans cette image, c’est son caractère assez « moderne ». On peut peut-être parler d’une « économie de moyens » dans le sens où les illustrations sont très épurées (parfois une simple silhouette suffit à faire comprendre de quoi il s’agit). Cela me rappelle le travail de certain.e.s illustrateurs.trices contemporain.e.s parfois réalisé à l’aide de logiciels (photoshop, illustrator) ou de techniques plus « modernes », comme Blexbolex, dont la couverture du livre Saisons me semble présenter quelques similitudes avec la couverture de l’Album Fée d’Hélène Guertik.

Blexbolex, Saisons, 2009

En effet, il me semble qu’il y a une utilisation semblable des formes en aplats de couleur. Les deux couvertures montrent finalement peu de détails ou d’éléments superflus et les principaux éléments narratifs sont illustrés par ces silhouettes colorées, qui rappellent l’idée du collage (utilisé par les avant-gardes russes, qui ont influencé le travail d’Hélène Guertik) ou du pochoir (Blexbolex a suivi une formation de sérigraphie). Le choix de la typographie me semble aussi assez similaire. Dans les deux cas, elle est épaisse, grande (par rapport à l’espace de la page) et assez « simple » (pas d’empâtements,…). Finalement, un autre point commun pourrait aussi être l’idée de « texture ». Même si le résultat est différent, il me semble que cet aspect est présent sur les deux couvertures : un genre de crayonné (fusain?) chez Hélène Guertik et une sorte de trame, voire même quelque chose qui s’approcherait du rendu d’une linogravure sur les bûches, sur la couverture de Saisons de Blexbolex.

Ces choix techniques et graphiques et, de manière plus générale, le « style » d’illustration d’Hélène Guertik me semblent finalement refléter l’esprit de la collection « Père Castor », et son souhait de désacralisation et d’accessibilité des livres au plus grand nombre. En effet, cette « sobriété » graphique me semble assez opposée à l’idée du livre objet luxueux et très décoré.

Odile Hennebert

Travail réalisé dans le cadre du cours d’actualité d’histoire du livre, illustration et graphisme à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, 2020.

22.05.2020

Il s’agit d’une couverture d’un des albums du Père Castor : « Album Fée », d’Hélène Guertik, réalisée en 1933, présentant en premier plan une souris qui cours, puis au-dessus des souris plus petites qui courent elles aussi, autour d'une citrouille, et en haut à gauche un balai et un seau, avant d'y avoir tout en haut le titre en grosses lettres blanches, « ALBUM FEE » ; l'illustration n'utilise que deux couleurs, gris et bleu foncé, du blanc, et peu de nuances. Hélène Guertik est une illustratrice russe, née en 1897 à Saint-Petesbourg, et décédée en 1937 à Paris. Aux alentours de 1923, lorsqu’elle arrive en France, elle rencontre Paul Faucher : directeur des livres pour enfants chez Flammarion. C’est à la suite de cette rencontre, qu’Hélène Guertik réalisera onze albums pour le Père Castor, dont « Album Fée ».

Après cette courte présentation, intéressons-nous maintenant au visuel de cette couverture : Il y a un détail qui se démarque plus que les autres ; en effet, malgré la date de réalisation, on perçoit une certaine contemporanéité dans l’aspect graphique de cette couverture, qui n'utilise que deux aplats de couleurs en plus du blanc, le gris et le bleu foncé. Le procédé d’illustration, la composition graphique et l’utilisation d’une typographie sans sérif et en haut de casse, ainsi que les formes géométriques et éléments simples utilisés renvoient directement à des éléments contemporains, qui s’utilisent beaucoup de nos jours, au 21ème siècle, que ce soit dans le graphisme ou dans l’illustration.

On constate également un certain dynamisme, créé par la présence d’éléments en mouvement : les souris. Celles-ci se déplacent vers l’intérieur du livre, vers la marge de droite, et amènent le lecteur à tourner la page, à découvrir le livre : une astuce ludique pour un jeune lecteur. L’œil de l’enfant suit un « parcours », un chemin qui lui est indiqué. Une relation entre l’histoire et l’enfant se créée dès le début, grâce à la couverture De plus, on distingue une dualité entre relief et planéité. Effectivement, on constate un traitement d’ombre et de lumière au graphite, lié à des formes traitées en aplats de couleurs. Cela renforce l’idée d’une couverture dynamique, et va participer à rendre le procédé d’illustration contemporain et attirant. Et puisqu’il s’agit d’un album jeunesse, on notera également l’importance d’éléments simples et facilement reconnaissables dans l’illustration : les souris, le balais, le seau, la citrouille. Il est aussi nécessaire que la couverture soit attractive, et pour cela, le choix d’un corps élevé pour le titre semble judicieux, d’autant plus qu’il s’agit d’une typographie linéale : elle est lisible et visible de loin.

Je trouve que l’on peut trouver quelques similitudes entre le travail d’Hélène Guertik et celui de BlexBolex. BlexBolex, ou Bernard Granger, est un illustrateur et sérigraphe français, né en 1966. Tout comme Hélène Guertik, BlexBolex utilise aussi des typographies linéales, aux approches parfois aléatoires et variables entre les lettres, ce qui renforce l'aspect enfantin, ludique de leurs albums. Les illustrations et les compositions graphiques de BlexBolex sont très souvent dynamiques, avec des éléments et des personnages généralement en mouvement. De plus, au niveau de la technique, même si BlexBolex utilise la sérigraphie, on retrouve quelques procédés d’illustration similaires : des aplats de couleurs, qui sont recouverts parfois de légers détails, permettant d’ajouter du relief, du « sensoriel » à l’illustration.

Pauline Barret

Relu par Charlotte Lefevre

Travail réalisé dans le cadre du cours d’actualité d’histoire du livre, illustration et graphisme à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, 2020.