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histoire·s

1862
Les Aventures d'Alice au pays des merveilles

Alice au pays des merveilles (Alice’s Adventures under Ground), Lewis Caroll, 1862

27.05.2022

J’ai choisi ce dessin de Lewis Caroll illustrant son texte « Alice’s adventures in wonderland », imaginé en 1862 lors d’une rencontre avec Alice Liddell. Il s’inspire de cette fillette de 10 ans, débordante d’imagination, pour inventer une histoire merveilleuse et amuser les trois sœurs Liddell lors d’une promenade en barque. Alice devient l’héroïne de ce conte fabuleux, initialement destiné à la jeunesse. Il fut publié en 1865 avec les illustrations de John Tenniel, artiste réputé, bien que Lewis Caroll avait déjà réalisé 37 dessins à la plume. Le monde des adlutes s’est rapidement emparé de ce récit fantastique, illustré et commenté par de nombreux artistes, poètes et intellectuels.

Sur ce dessin en noir et blanc, on voit la jeune Alice coincée dans le cadre de la page. La tête à l’envers, elle est comme mise en boîte dans un espace trop petit pour sa taille. Cette représentation renvoit au récit où Alice, après avoir mangé le petit gâteau « Mange-Moi », commence à s’allonger « comme la plus grande longue-vue qui ait jamais existé » 1 . Elle mesure alors plus de deux mètres soixante-quinze. Sa tête cogne le plafond et elle ne peut que se coucher sur le flanc. Elle est désespérée car, après avoir été trop petite, elle est maintenant trop grande pour accéder au jardin par la seule petite porte qui s’ouvre avec une clé en or.

Dans le livre « Alice au pays des merveilles » édité au Seuil Jeunesse en 2008 et illustré par une série de gravures sur bois par Thomas Perino, on retrouve l’image d’une Alice malheureuse, compressée dans un coin de la pièce, qui fait écho à la représentation de Lewis Caroll, même si le dessin est très différent.

Thomas Perino, Alice au pays des merveilles, gravure sur bois, 2008

Dans ce volume, l’artiste joue de courbes et de contre-courbes, de volutes, clins d’œil à l’art nouveau et aux illustrations stylisées et sinueuses d’Aubrey Beardsley. Les aplats de noir, le trait épais et les contrastes imposants de noir et blanc caractéristiques de la gravure sur bois offrent des images fortes et denses. Les jeux graphiques des lignes et des damiers apportent une modernité à ce texte maintes fois illustré.

Par ailleurs, j’apprécie énormément le courant surréaliste. Par cette histoire subversive pour l’époque car elle n’apporte aucune valeur morale ou éducative aux enfants mais recourt uniquement à la fantaisie et à l’imaginaire, Lewis Caroll s’inscrit déjà dans le surréalisme. En effet, l’auteur présente des messages cachés et invite à voir « de l’autre côté du miroir », au- delà de la réalité par le « nonsense » qui donne sens, ou par l’absurde. Il propose un va-et- vient entre le monde réel et le monde du rêve, entre le monde de l’enfance et celui des adultes. Caroll inspire et anime de nombreux surréalistes, à commencer par Aragon et André Breton et ensuite Paul Eluard, Max Ernst, Salvador Dali, René Magritte...

René Magritte, Alice au pays des merveilles, peitnure, 1945

Bibliographie

Violette Leick

Travail réalisé dans le cadre du cours d’histoire du livre, illustration et graphisme à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, 2022.