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Je m'assois dans un bar. Sur un côté du mur, tout un tas de flyers colorés m'interpellent. Comme d'habitude, je les regarde tous, et j'en choisi quelques uns.
Certains parce que le contenu m'intéresse, mais en fait plutôt parce que je les trouve beaux.
Alors je les garde. Mais ceux que je préfèrent, ce sont les journaux. Et pourtant, comme la plupart des jeunes de mon âge, je n'achète jamais le journal, je m'informe autrement.
Mais ici c'est différent, j'ai envie de les prendre, de les ouvrir, parce que je sais que je vais être surpris.e. Je vais redécouvrir le journal, ces productions jouent avec ses codes.
J'aime ce côté rétro, toucher le papier, l'apprécier et le garder en tant qu'objet.

Parmi notre collection, trois « journaux » détournent différemment le genre.

Le premier, le programme du Master de Design urbain de l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, est celui qui se rapproche le plus d'un journal traditionnel. Il a un but essentiellement informatif et sa mise en page ne bouscule pas tellement les codes.

Le second journal est le programme du cinéma Bruxellois Nova. Il est donc informatif, mais d'une autre manière, c'est un programme. La mise en page reprend donc celle d'un journal sans pour autant avoir le même type d'informations. Le fait de choisir ce type de support pour communiquer permet de créer une proximité immédiate avec le public, et aussi de se déculpabiliser : on le prend, on peut choisir de le garder, le jeter, le recycler, s'en resservir pour un déménagement... Il peut donc trouver une nouvelle utilité. Ces deux éditions travaillent dans l'économie de moyen, dans le choix du papier (qui est aujourd'hui plié, jauni, déchiré...) et dans les couleurs pour le second (bichromie). Mais cette dernière permet d 'avoir un parti pris graphique fort, qui va dans le sens de l'identité visuelle du cinéma.

Notre dernier exemple est aussi notre préféré, c'est le programme du Recyclart. Il ressemble à un journal s'en en être vraiment un, puisqu'il se transforme en affiche. Son format est donc très accessible, un peu moins d'un A2 plié, et l'esthétique y est particulièrement importante : on a envie de le garder, de le mettre au mur. Il est esthétique. La couleur y joue beaucoup, chaque édition du programme oppose une couleurs saturé à du noir et blanc. Le papier paraît être recyclé, il est plutôt jaune. Des éléments d'écritures manuscrites sont disséminées ça et là et donnent l'impression qu'on a négligemment écrit dessus.

Mais sous cette apparente économie de moyen dans les contraintes, on voit que c'est un objet qui a été créé pour être gardé : c'est un beau papier, épais, avec des encres vibrantes.

Le journal c'est un média de masse, il est même parfois distribués gratuitement. Il a un but essentiellement informatif, il fait partie de notre quotidien. Mais ce n'est pas une édition « noble », au contraire, les coûts d'impressions sont réduits au maximum.

Il est généralement fait d’un papier fragile, pas de reliure, peu de couleurs. S'en est presque désagréable à lire : les pages sont trop grandes, les feuillets se décrochent et l'édition s'autodétruit peu à peu.

La communication culturelle prend ces contraintes et les transforment en objets graphiques et esthétiques. Elle anoblie un type d'édition qu’on lit de moins en moins. Ce type d'objet, à la frontière entre familier et expérimental, attire. Parce que toutes les générations connaissent ses codes. Il est donc compréhensible par un maximum de personnes, et rassure.

Il est d’après nous, une porte d'entrée intelligente et accessible à l'univers du graphisme et de l'édition.


Par Anna Bourcier, Agathe Rivet et Marina Struillou.